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Cerveaux, yeux, testicules: hors limites pour les transplantations?

Ⓒ AFP/File – PIERRE-PHILIPPE MARCOU – | Depuis la première greffe d’organe réussie au monde en 1954 – un rein – la discipline a progressé pour inclure de nombreux autres organes, mais certains restent encore hors limites

Depuis la première greffe d’organe réussie au monde en 1954 – un rein – la discipline a progressé au point où un soldat blessé pourrait avoir son pénis et son scrotum remplacés dans une opération révolutionnaire le mois dernier.

Un Français est récemment devenu la première personne à recevoir une deuxième greffe de visage après l’échec du premier, et un autre est entré dans l’histoire en repoussant la peau perdue sur 95% de son corps, grâce à une greffe de son frère jumeau.

Les greffes ne sont plus limitées aux organes vitaux: cœur, foie, ou

poumons. De nos jours, les gens peuvent avoir une nouvelle main … ou même un utérus.

Mais certains organes restent hors limites. Pour l’instant.

– Échange de cerveau –

En tête de liste, les transplantations cérébrales sont encore loin, pour des raisons à la fois techniques et éthiques, affirment les experts.

« L’organe le plus difficile à greffer est tout ce qui touche au système nerveux, car nous n’avons pas de techniques efficaces pour la croissance / régénération nerveuse », a expliqué le chirurgien David Nasralla, de l’Université d’Oxford.

« Pour cette raison, les greffes oculaires et cérébrales sont actuellement hors de portée de la médecine moderne », a-t-il déclaré à l’AFP.

Ⓒ AFP/File – Philippe LOPEZ – | Jérôme Hamon est le premier homme à avoir reçu deux greffes de visage, un exploit réalisé à Paris

Les nerfs transportent des messages à travers le corps sous la forme d’impulsions électrochimiques volant entre le cerveau et la moelle épinière, les muscles et d’autres organes.

Un duo de chirurgiens italo-chinois a récemment mis le monde des sciences à flot en annonçant qu’ils prévoyaient de retirer la tête d’une personne et de l’attacher à un organisme donneur décapité dans ce qui serait la première procédure de ce genre.

Il y a une forte probabilité, disent les observateurs, que le patient mourra.

Beaucoup doutent qu’il soit possible de connecter les fibres nerveuses de deux moelles épinières.

Par-dessus tout, l’entreprise soulève des questions morales troublantes, dont une très fondamentale: qu’est-ce qui constitue une personne? Un cerveau seul?

Le patient, a suggéré un article récent dans la revue Surgical Neurology International, va probablement lutter avec le concept de «l’identité humaine».

« Même les souvenirs du rôle joué par le premier corps dans la création de l’identité du sujet rencontreraient un conflit possible avec un nouveau corps donné par le donateur », ont écrit les bio-éthiciens Anto Cartolovni et Antonio Spagnolo.

« Des problèmes similaires ont également été observés dans les cas de greffes du visage et de la main.Cette confusion à l’état psychologique de la personne pourrait éventuellement conduire à de graves problèmes psychologiques, à savoir la folie et enfin la mort. »

– Envie d’un coeur de cochon? –

Compte tenu de la pénurie grave d’organes de donneurs, l’utilisation de coeurs d’animaux, de poumons ou de foies pour sauver des vies humaines a longtemps été un saint Graal de la science médicale.

Ⓒ AFP/File – STEPHANE DE SAKUTIN – | Franck Dufourmantelle (à g.), 34 ans, a reçu des greffes de peau de son frère jumeau Eric après avoir souffert de brûlures à 95% de son corps

Mais le rejet d’organes s’est obstinément opposé aux «xénotransplantations» inter-espèces.

« Il a été essayé dans les années 50 et 60, avec des reins de chimpanzés, par exemple, mais des défaillances d’organes sont apparues en quelques jours et n’ont pas pu franchir la barrière des espèces », explique Olivier Bastien, de l’agence biomédicale française.

Cela change à mesure que les scientifiques apprennent à modifier les gènes qui incitent le système immunitaire à attaquer les germes d’intrus, mais aussi les tissus étrangers perçus comme une menace.

Les chercheurs se concentrent sur la modification des gènes des animaux donneurs afin que leurs organes résistent à la réponse immunitaire humaine, tout en empêchant le transfert de maladies animales.

Le bien-être des animaux est une préoccupation supplémentaire.

« Jusqu’à quel point devrions-nous miner le système immunitaire de l’animal », demande Bastien – l’exposant potentiellement à la maladie et à la souffrance afin que nous puissions récolter ses organes?

– Y a-t-il des limites? –

Peu d’organes restent techniquement non transplantables. Mais deux sont exclus, pour l’instant, en raison de leur augmentation des sourcils éthiques – les testicules et les ovaires.

« Une greffe de testicule équivaudrait à une procréation assistée déguisée », a déclaré M. Bastien.

Une question est la suivante: Si le receveur pères enfants avec ses nouveaux testicules produisant des spermatozoïdes, dont la progéniture sont-ils – son, ou le donneur?

Le même problème se pose dans le cas d’une greffe de tête sur un corps masculin.

Un article publié l’an dernier dans le Journal of Medical Ethics recommandait de repenser le rapport bénéfice-risque des transplantations d’organes non vitales.

« Le plus grand risque auquel sont confrontés les greffés vient des agents puissants mais nocifs, les immunosuppresseurs, qui doivent être utilisés pour empêcher les organes transplantés d’être rejetés », ont écrit Arthur Caplan et Duncan Purves.

Une longue liste d’effets secondaires possibles – y compris le cancer – peut être justifiée pour une transplantation cardiaque ou pulmonaire, ont-ils soutenu, mais peut-être moins pour un nouveau visage, une main ou un pénis.

« Le passage de sauver des vies à chercher à les améliorer nécessite un changement dans la pensée éthique qui a longtemps formé le fondement de la transplantation d’organes », a déclaré le duo.

CGV